Création Pat Von N.

Poya est le nom donné à la montée des vaches à l’alpage et s’applique aussi bien à l’événement lui-même qu’à ses représentations.
Dem Kuh-Alpenaufzug wurde der Name « Poya » gegeben und beschreibt ebenso gut das Ereignis sowie seine Darstellungen.
Poyas Pat Von N.

Patricia Von Niederhäusern
Design et créations
A la conquête de la « nouvelle poya »

Née en 1961 dans le Jura Bernois, Patricia Von Niederhäusern dessine, peint, bricole et crée depuis toujours. Pourtant c’est dans le travail social qu’elle va s’orienter d’abord, faute de moyens pour réaliser son rêve d’entrer aux beaux-arts. C’est en 2001 qu’elle effectue, finalement, une formation en arts plastiques, en suivant avec réussite les cours de la prestigieuse et exigeante école Guégan en Bretagne, pour devenir peintre en décor, spécialisée en trompe-œil.

Sensible à la décoration et aux traditions, c’est donc tout naturellement qu’elle se penche sur l’art rural suisse de la « poya », ces motifs peints ou en papier découpé représentant la montée à l’alpage. Grâce à une bonne dose d’imagination et en autodidacte, l’artiste jurassienne le revisite et le recrée d’une façon très personnelle, pour en faire un objet contemporain original en bois fin qui a rencontré un succès immédiat.

Ayant grandi dans une région de nature préservée, la créatrice d’objets aime la campagne et a même appris à traire les vaches dans son enfance. Et de préciser, dans une interview donnée au journal « Terre et nature » : « J’aime réaliser des scènes fantaisistes et joyeuses, mais sans jamais déformer la silhouette des vaches, ni trahir l’esprit pictural de la « poya ». C’est une belle tradition qui mérite d’évoluer avec son époque, mais pas de sombrer dans le pastiche grossier ».

Tout en respectant le style populaire des « poyas » de naguère, Patricia von Niederhäusern a su l’agrémenter, avec humour (parfois coquin) et inventivité, de scènes ludiques, classiques ou en lien avec des événements de l’actualité Suisse. Les thèmes sont variés, allant de l’imagerie traditionnelle au drôle de Kâma-Sûtra des vaches en folie, en passant par le mythe de Guillaume Tell, sans oublier des motifs locaux, comme le combat des reines valaisannes, ou des temps forts, comme la commémoration du Grütli 2007… voire même la Coupe d’Europe de Football pour laquelle elle a réalisé une composition représentant de vaillants sportifs au ballon rond.

Objet décoratif nouveau et surprenant, qui a émerveillé média et amateurs de thèmes folkloriques remis au goût du jour, la « poya » version « Pat von N. », après une longue et minutieuse élaboration graphique, est très finement découpée dans du bois (du peuplier contre-plaqué), puis recouverte d’une peinture de protection. Elle est ainsi devenue une décoration forte remarquée dans bien des foyers helvétiques comme dans les collections de souvenirs inédits de touristes étrangers venus visiter la patrie de Heidi.

Une belle aventure de création pour Patricia von Niederhäusern, dont le dynamisme, la malice et l’esprit imaginatif ont le souffle d’un feu inextinguible.

Création de mes poyas

Les idées me viennent au hasard de mon imagination.

Après en avoir « croqué » l’intention, je dessine les éléments dont j’aurai besoin pour la poya, à la recherche d’une mise en scène à la fois esthétique, équilibrée et originale.

Mes poyas sont découpées au laser dans du bois véritable (peuplier contre-plaqué 4 mm), puis au cutter. Le laser, extrêmement précis, n’est, en fait, pas adapté pour découper du bois. Il nécessite des matériaux homogènes, sans mauvaise surprise ni différence de dureté ou d’épaisseur, comme, par exemple, les panneaux de mdf (fibres de bois agglomérées).

C’est mon travail au cutter qui permet la création de mes poyas dans du bois, en faisant ce que le laser ne parvient pas à découper ou découpe mal. Après avoir patiemment dessiné les éléments de ma poya, je vais les scanner afin de vectoriser (redessiner avec un programme graphique) mes dessins. Ce temps de création et de mise en place nécessite environ un mois de travail pour parvenir à donner forme à un nouveau modèle d’œuvre. Pour la découpe, je peins des planches préalablement triées avec soin, à raison de 2 couches de chaque côté.

Le choix du morceau de planche qui va être découpé est complexe, il faut qu’il soit plat au maximum, sans défaut apparent et, si possible, avec de belles veines qui mettront mon travail en valeur. Pour une nouvelle poya, je vais tester le dessin à la première découpe et renforcer les zones trop fragiles, en corrigeant mes traits pour que la poya soit « solide » et ne se casse pas facilement.

Une fois le dessin testé, le travail de réalisation peut commencer. Quand le dessin est au point, je peux en faire la découpe, pour ensuite vider les petits détails de la poya à l’aiguille.

Chaque imperfection du bois, nœud, trou, différence de densité, plus dur ou plus épais, ne sera pas coupée correctement par le laser. C’est donc artisanalement, à l’aide du cutter, que je pratique ces finitions, lime, bouche et repeins les endroits travaillés.

Le contraire est vrai aussi si le bois est plus fin, moins dense ou s’il a un trou dans la couche centrale : le risque est alors que cela prenne feu, risque qui est encore augmenté par la finesse des détails.

C’est tout un exercice d’équilibre pour obtenir un maximum de finesse dans mes poyas, pour qu’elles ne brûlent pas à la découpe et qu’elles soient assez solides pour l’intervention au cutter.

Il reste cependant des détails si infimes que, si un défaut du bois apparaît à cet endroit-là, je ne peux pas le reprendre au cutter et dois, finalement, en recommencer tout le travail.

Le temps pour faire une poya va dépendre de ces différentes interventions, parfois il y en a peu, parfois je casse la poya en réalisant ces finitions. Et parfois la découpe est si mauvaise que je ne peux rien en faire et la poya est alors perdue.

Après ces différentes étapes, je nettoie la poya, la frotte sur une surface lisse pour en lustrer le bois et je termine la fabrication avec quelques finitions, peintures et teinte du titre.

Il est à préciser que la découpe laser sur du carton, du mdf ou toute autre matière homogène, ne nécessite pas de travail artisanal.

J’ai choisi le bois car c’est une matière naturelle et typiquement suisse. Les veines du bois évoquent le paysage et mettent en valeur les mises en scène de mes poyas, pour proposer le plus beau … et, j’espère, le plus original à mes clients !

Je peux reproduire mes dessins, mes poyas ne sont donc pas des modèles uniques … mais chaque poya reste unique par le bois qui est à chaque fois différent.

Pat Von N.

Presse

Le film a été réalisé par Lucienne Lanaz www.jura-films.ch

Reportage Radio RTS

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